Bienvenue sur L'atelier de Caro

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- Je n’aime pas parler de moi, dit Caro.  
Puis renchérissant : - Je n’aime pas parler de ma peinture. Non, je n’aime pas.

Caro, c’est un mélange complexe de “ne pas” franc et massif, “ne pas” timide et doux.
Mystérieuse Caro qui se dévoile peu. Et parle, peu. Si peu. Pourtant Caro, d’une lucidité
sans égale sur elle-même et le monde qui l’entoure, s’exclame et bien fort :

- Si, je ne sais pas... Toi, fais-le ! 
Je me défends mais elle insiste, lâchant un plus touchant et révélateur :
- Tu diras “je”...
Aussi vais-je tant bien que mal m’ exécuter. Comment faire le portrait de mon opaque
et enigmatique amie ?


 
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Née en 1970, elle grandit à Hottviller, en pleine campagne.
D’elle, de son passé, elle taira beaucoup. On devine juste des cieux pas toujours bleus. On voudra bien savoir une enfance très proche de la nature dont elle retire une sauvagerie brusque de garçonne, un besoin avide de liberté et d’espace.

Insatiable curieuse, sciences, histoire, littérature, Touche-à-tout, musique, dessin, sculpture, depuis toute petite, Caro avoue le plaisir “d’avoir les doigts dedans”.
A 25 ans, elle trouvera sa voie : Depuis, Caro et la Peinture, la Peinture et Caro : elles ne se quittent plus.

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Coulure, départ aléatoire. Des formes se créent, une forme apparaît. Ovoïde. Je mets l’accent sur un point de lumière. Lumière blanche vue à la loupe, clarté froide, un rectangle aux contours précis. J’adoucis l’image, je tague, le flou envahit la toile, ombre diffuse qui s’accroche aux creux de la matière.

Le sens de l’image abstraite m’échappe.
La relation à la création est indéfinissable.

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De mes premières rencontres avec Caro, c’est l’atelier que j’ai retenu : une vaste pièce attenante à la maison, à l’intérieur, de grands formats blancs empilés comme des longs corps minces. Par de grandes verrières, l’atelier s’ouvre sur le jardin avec un noyer, un châtaignier, du houx « arraché à la forêt de Brocéliande », un tilleul, des plantes sauvages ou non mais jamais apprivoisées, et puis des chats, beaucoup, de toutes les couleurs, qui entrent, sortent, à tout va, à tout poil, tous bien entendu récupérés à la SPA. Et des enfants dans leurs cosys, qui se balancent en chantant à leurs orteils roses.
L’atelier de Caro ? Oui c’est vivant.

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Je l’ai vraiment découverte plus tard, en travaillant avec elle, pour une performance artistique.
Je devais lire un extrait, qu’elle devait traduire en peinture au fur et à mesure.
Yeux assombris et sourcils froncés, Caro écoutait le texte, attentive et immobile. Elle attendait, la seconde, celle qui lui livrerait le mot ou plutôt l ‘image puis se jetait soudain à l’assaut de ses pinceaux.

C’était imprévisible, violent à rugir.


Je lisais plus vite encore qu’elle ne peignait. Nos rythmes vifs et nerveux s’accordaient, mais surtout nos désirs de vitesse et de spontanéité.
Devant le public, Caro avouait ne pas vouloir « représenter » quand je confessais ne pas vouloir « raconter d’histoires ». 

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Une spirale.
Ascendente.
Métallique.
Un pilon l’écrase en son milieu.
Mouvement imaginé sur le vif, destructeur et violent.
Bruit fracassant.
Intime.
Ne
pas
entendre.

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                                                                                                                                                              Acrylique sur toile 150x150 cm


Naturellement, pas de citation pour émailler le texte, car trop modeste, cet animal sauvage,  jamais, n’oserait se comparer. Aussi dois-je en proposer une, contre son gré. 
L’art est une blessure qui devient lumière - Braque.  Du noir, de la faille, Caro tire son matériau, son or. Et ça devient lumineux.


 
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                                                                                                                                                                 "L'Ange" 150x150 cm

 Parle-moi du noir, dis-je … Le noir, c’est la couleur dont tu uses le plus.
C’est aussi la couleur que l’on retrouve partout : chez l’animal, le végétal, le minéral…

- Le noir, corrige Caro volubile soudain, le noir n’est PAS une couleur. Le noir, justement, il évite la couleur.
- Oui, ai-je répliqué, c’est insaisissable. Un peu… comme toi ?
Vaste silence.
- Oui. Comme moi.
Elle a raison. Vorace, féroce, le noir dévore les autres couleurs. Le noir absorbe tout. Il ne restitue rien.
C’est ce qu’elle a pressenti : ne rien entendre, ne rien voir, ne pas parler.

Caro ne ment pas, elle est tout simplement.  Ténébreuse parfois, sombre et lumineuse aussi. Dans sa vie, elle patauge et barbouille, on pourrait presque dire. Mais dans son atelier, face à la toile… il faut la voir sur une toile trois fois plus grande qu’elle, exécuter d’un seul trait, une volute parfaite. Impératrice de ses nerfs, de ses réflexes, elle maîtrise toute direction, toute perfection. 

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                                                                                                                                                                               Avant et après Acrylique sur toile 80x200 cm



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Acrylique sur toile 100x120 cm

Entre toutes les couleurs, Caro plébiscite celle qui n’en est pas une, le noir, le vorace et féroce noir qui absorbe les autres.
Mais aussi le rouge, pour sa violence, sa fulgurance. Car sa peinture est comme elle, entière, vivante.

Rouge du sang qui bat, bat dans les artères.
Rouge qui cogne. Rouge des ongles, des lèvres et du volcan.
Rouge pur-sang, rouge du crime et du bourreau.

Chaque être possède sa propre vitesse intérieure, sa propre cadence, comme chaque couleur possède son propre rythme, sa propre vibration.
Si le noir absorbe, le bleu apaise, le jaune s’épanche, le rouge lui,
lui jaillit,
éclabousse tout.
Aveugle.

Ne rien voir

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Textes : Anne CALIFE
Membre de la société
des gens de lettre de France
Membre de la société des Auteurs
et compositeurs dramatiques

www.annecalife.com



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